Projects
Frontcovers
Top Favorites
Latest
Competitions
Albums
Details
Newsletters
Boulogne-billancourt, France

Smac Seguin

Scéne de Musiques Actuelles

684332236_large

Pas de création sans coupure ni déséquilibre, sans pesanteur ni légèreté, sans concentration ni points de fuite, sans solitude ni collectif, sans intériorité ni extériorisation… telles sont les convictions que ce projet semble vouloir transmettre et faire partager.

424009077_large

Et cependant, sans l’exprimer littéralement, il se nourrit d’un substrat territorial, technique et culturel localisé.

1482708532_large

Car, qu’elles aient acquis leur vitesse de croisière ou viennent d’être inaugurées (le Cargö à Caen, la Carène à Brest), qu’elles soient en chantier (Saint-Nazaire) ou en projet (Besançon, Nantes, Saint-Etienne, Rouen…), les Smac entendent contribuer à une double dynamique : culturelle en diffusant des formes d’expression musicale en évolution ou en émergence, citoyenne en s’associant la reconquête de territoires urbains.

246958265_large

Une Smac et son contexte

1877501068_large

La Smac projetée sur l’Ile Seguin se situe dans cette perspective qu’elle amplifie des dimensions supplémentaires d’un contexte singulier.

256186234_large

Elle constitue la première des Smac de « troisième génération » édifiée en Région parisienne. De ce fait, elle s’imposera dans l’esprit d’un large public comme l’ultime maillon en date d’une lignée d’équipements repères, chacun dédié à une forme d’expression musicale : Opéra Bastille (art lyrique), Pleyel (musique classique), Cigale, Olympia, Zenith…(variétés), New Morning (jazz), Ircam (musique contemporaine)..

655781687_large

Elle prend place dans une opération de rénovation urbaine d’une ampleur exceptionnelle et occupe un emplacement privilégié au bord du fleuve et à l’articulation de deux partis d’aménagement. Elle sera tout à la fois exemplaire pour les habitants de Boulogne et des communes limitrophes et pour les responsables des grandes opérations urbaines engagées dans différentes métropoles régionales.

584411631_large

Elle s’édifie sur un site densément relié à l’avant-garde (des techniques, de l’industrie…), aux aspirations humaines (le progrès économique et social) mais aussi sur le territoire d’une commune accueillante aux expressions architecturales successives du XXe siècle : ensemble d’habitations des années 1920/1930, Hôtel de ville de Tony Garnier, immeubles du Point du Jour de Fernand Pouillon, piscine de Maillard et Ducamp, « 57 Métal » de Claude Vasconi… La Smac, comme différents programmes engagés alentour, portera témoignage de la vivacité poursuivie de la création architecturale.

1140525404_large

Elle naît au cœur d’un véritable bassin (Clamart, Meudon, Saint-Cloud, Issy-les-Moulineaux, Boulogne) de vie et de travail d’artistes qu’il soit collectif (les studios de cinéma de Boulogne Billancourt, mettant déjà en osmose l’image et le son) ou individuel avec des figures majeures de l’art du XXe siècle (dont Auguste Rodin, Théo Van Doesburg, Jean Arp et Sophie Trauber-Arp, André Bloc, François Stahly…) dont la présence semble résumée par le proche surgissement de la Tour aux Figures de Jean Dubuffet. C’est aussi à cette fertilité que le bâtiment se relie.

280140397_large

La Grande Galerie comme « Lien »

1482488495_large

S’il s’enracine discrètement dans son contexte, le projet dit en revanche clairement qu’il se met au diapason des pulsations vitales générées par la Grande Galerie constituant la nouvelle façade de l’île Seguin et lui apporte en retour ses propres élans vitaux. En effet plutôt que de s’y accrocher, s’y agrafer ou de s’y arrimer, il l’amplifie, la développe. Il suggère même l’opportunité de la démultiplier niveau par niveau. Il entre en osmose avec elle au point d’en tirer l’esthétique constructive (structure métallique) d’une partie significative de ses volumes (les bureaux, les équipements collectifs, les circulations verticales, les logements) et d’en faire son propre « lien », cet élément clé du programme.

1618743093_large

L’importance de cette relation Smac/Galerie s’exprime aussi dans l’affirmation du Deck comme un vide structurant et non comme une simple transparence visuelle :

2092120966_large

- au-dessus de ce niveau de référence surgissent et s’épanouissent les volumes de la grande salle et des logements pour musiciens qui fonctionnent comme des signaux/évènements à l’intention de la ville ;

2009254645_large

- en dessous se rassemblent toutes les autres fonctions qui ceinturent les studios constitués en véritable grappe.

De l’espace à l’espacement

Comment en effet faire coexister au sein d’un même équipement des zones d’intense sonorités (studios, grande et petite salles) ou d’animation (bars) avec des zones de concentration (bureaux, centre de documentation…) ou de repos (logements, cafétéria) si ce n’est en jouant sur plusieurs paramètres : l’épaisseur de matériaux denses (double parois en béton isolant les salles de spectacle et les studios les uns des autres et des autres fonctions de la Smac) ; l’espace ménagé entre certains d’entre eux (les logements de musiciens et la grande salle); l’interposition de fonctions (la salle de convivialité placée entre la petite salle et les bureaux propres à la Smac).

Cette contrainte technique se retourne au profit du projet.

Hisser les logements des musiciens (T1, T1 bis et T2) au-dessus du Deck permet de doter chacun d’entre eux de points de vue sur le fleuve et la ville, leur espace et leurs lumières et également de les constituer en une entité homogène dont « l’indépendance » est propice à leur gestion par un organisme spécifique.

Placer la salle de spectacle « tout en haut » c’est simultanément illustrer le rêve secret ou affirmé de tout artiste, signaler l’équipement à ses publics des deux rives de la Seine, lui donner la possibilité d’extérioriser sous forme de projection sur son pignon nord, face au jardin terrasse, son programme, une annonce ou diffuser « en live ».une performance dans une sorte de contre point complémentaire aux animations supportées par la façade écran ceinturant l’île.

C’est enfin réserver l’éventualité d’offrir à un public réservé un belvédère urbain, cerné d’un déambulatoire où peut se prolonger un spectacle. De façon plus confidentielle, se retrouve une possibilité déjà offerte au niveau du Deck à l’avant des vitrages courbes du café/brasserie, du point de vente des disques et du salon public.

Positionner les studios, les équipements (qui leurs sont liés bureaux, régie…) ou des fonctions qui leur sont associées (logements d’artistes en résidence), de spectacle sous le Deck, permet de les isoler des flux principaux de circulation, favoriser leur utilisation sur des plages horaires très élargies et les mettre en rapport avec leur espace naturel d’expansion, la petite salle.

Placée au niveau inférieur, celle-ci est en rapport étroit avec le hall et la billetterie du rez-de-jardin et en contact direct avec les quais de déchargement/chargement des matériels et instruments et de leurs aires de stockage tampon au niveau N-1.

Les circulations

C’est à partir de ces quais que s’effectue le transfert vertical des matériels et instruments vers les studios et la grande salle au moyen d’un élévateur de grande capacité. Celui-ci est logé au sein d’une « barrette » formant la façade enveloppe nord de la Smac. Celle-ci est constituée pour partie de la structure en béton assurant la stabilité du bloc logements et pour partie de la structure métallique déjà évoquée. Y sont regroupés les ascenseurs dédiés (aux logements, au café, au public), les escaliers d’accès/évacuation aux salles, les escaliers réservés aux artistes et techniciens, des locaux techniques et des réserve ; les points de contrôle essentiels que sont le local GTC et la loge du gardien ou bien encore l’entrée propre aux logements.

D’une part, cette conception favorise la gestion des flux, l’accès aux salles de spectacles étant systématiquement précédé d’une zone de contrôle et d’un espace de convivialité (bar, attente…).

D’autre part, en libérant les plateaux de toute suggestion verticale, elle optimise les organisations fonctionnelles.

Ainsi, au rez-de-chaussée, les bureaux propres à la Smac sont implantés dans une zone calme en relation visuelle avec le fleuve. Ils bénéficient d’un double accès depuis le hall principal et ils sont préservés des nuisances sonores éventuelles de la petite salle par des locaux techniques qui leur sont associés (sanitaires, salle de reproduction et d’archives, réserve ménage) d’une part et par la salle de convivialité adossée à deux locaux technique d’autre part.

Au niveau 1, les huit studios destinés à la location temporaire sont disposés pour pouvoir être utilisés soit de façon autonome (studios 1, 2 et 4), soit sous le contrôle d’une régie centrale (studios 3, 5 et 6), soit en interaction avec un espace bureaux dédié (Home studios 1 et 2/bureaux 2 et 3). Trois autres plateaux de bureaux associés à la création et à la diffusion musicales, sont placés en retrait de la façade ouest. A l’opposée, en façade est, est disposé un ensemble de locaux, bureaux et foyer en relation avec la régie et la technique (bureau du régisseur, consigne, bureaux, foyer, salle de réunion, atelier de réparation, stockage).

Au niveau 2, en situation intermédiaire entre les accès à la grande salle (N+4) et à la petite salle (N-1), et en relation de proximité avec les studios, sont disposées les loges individuelles et collectives et leurs espaces (foyer) ou locaux techniques (consignes, sanitaires…) associés. En position centrale, s’imbriquent les cinq studios destinés aux résidences. Ils sont précédés, en partie est, par la documentation et deux plateaux de bureaux. Au delà de la barrette de service, se développe en porte-à-faux sur le jardin un premier ensemble de trois logements (2 T1 bis et 1 T2) pour artistes en résidence et les espaces associés (laverie, salle de convivialité…).

Au niveau 3, s’affirment en symbiose avec le Deck les espaces les plus ouverts sur l’extérieur de la Smac : café/brasserie, point de vente des disques, salon public, terrasse extérieure couverte. Les infrastructures techniques nécessaires au restaurant sont concentrés au delà de la barrette de service, de même que les locaux lié à la gestion et à l’entretien de la galerie demandés au programme.

Les transparences

Le projet met en scène légèreté et transparences à partir de plusieurs dispositifs spatiaux : césure horizontale au niveau du Deck, percée visuelle entre Grande Salle et bloc logements, mise en retrait des éléments les plus lourds (grappe des studios) au moyen de la grille verticale constituée par les circulations verticales, porte à faux imposant sous le bloc logement, grille tamisant la lumière diffusée dans les logements.

Le lien

L’intérêt porté aux espaces intérieurs mettant en relation voire même en interaction les différentes fonctions se marque par la générosité de l’espace d’accueil prolongeant l’entrée placée au Nord-Ouest, sous le porte à faux de l’immeuble des logements. De là, on peut soit descendre vers la petite salle soit rejoindre la salle de convivialité et, au-delà, l’administration de la Smac en longeant la galerie soit encore emprunter l’escalier implanté dans la façade enveloppe pour gagner un niveau au-dessus l’accueil des studios en location, puis au niveau supérieur celui des studios en résidence. Avant de gagner le Deck, l’escalier s’enchâsse dans la grappe des studios, cette compression optique étant destinée à accroître le contraste avec la générosité retrouvée de l’espace et du paysage du niveau N+4. A ce niveau le lien met en relation la brasserie, l’accueil de la grande salle et le Deck proprement dit. Il se prolonge par les circulations verticales conduisant au niveau bas de la grande salle. Le parterre de celle-ci est réparti selon trois niveaux, le dernier étant pourvu de gradins télescopiques. Un escalier intérieur latéral conduit au balcon, également accessible par un escalier extérieur.

Ce lien est également parcouru de façon partielle par les personnes accédant à la Smac à partir du Deck : elles peuvent monter vers la grande salle ou descendre vers les autres fonctions de l’équipement.

Contrastes matérialisés

Comme s’il voulait provoquer le regard pour mieux stimuler l’ouïe, le bâtiment met en scène des surprises visuelles : opposition sensuelle entre un socle géométrique et un toit aux formes souples, légères et protectrices ; choc d’une masse perforée en lévitation sur le jardin terrasse ; pesanteur de la grappe des studios et des loges d’artistes jouxtant les structures arachnéennes des circualtiosn verticales…

La mise en scène

Le bâtiment se met en scène selon différentes stratégies. Il projette en format géant ses évènements et sa programmation à l’intention des promeneurs du jardin terrasse sur son pignon nord. Il induit la compréhension de ses principales fonctionnalités par le jeu distinctif de ses volumes et de leurs matériaux spécifiques.

Les références implicites

Côté jardin, la Smac laisse percevoir quelle est « en références ». Au spectacle tout d’abord : dans une références aux cintres des salles de spectacles, elle matérialise les tempos de sa vie par l’affichage en façade de la circulation des musiciens et des publics. Au passé du site ensuite : l’ensemble des studios et loges s’inscrit dans une compacité formelle et matérielle qui rappellent celles des blocs moteur, clin d’œil à la réputation de motoriste hors pair attaché à Renault. A l’histoire récente de l’architecture enfin : elle mixe fonctionnalisme et symbolisme, rigueur et collage, béton et métal, structures et grilles, matières et images… pour exprimer qu’elle n’est pas sourde aux procédés d’évolution des formes musicales actuelles.

Jouant sa partition singulière, la Smac peut apporter un accent tonique au sein du nouveau paysage bâti de l’île et ainsi se signaler activement à l’ensemble de ses publics potentiels.

Botofff