© Tetrarc . Published on February 27, 2008.
Pas de création sans coupure ni déséquilibre, sans pesanteur ni légèreté, sans concentration ni points de fuite, sans solitude ni collectif, sans intériorité ni extériorisation telles sont les convictions que ce projet semble vouloir transmettre et faire partager.
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Et cependant, sans lexprimer littéralement, il se nourrit dun substrat territorial, technique et culturel localisé.
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Car, quelles aient acquis leur vitesse de croisière ou viennent dêtre inaugurées (le Cargö à Caen, la Carène à Brest), quelles soient en chantier (Saint-Nazaire) ou en projet (Besançon, Nantes, Saint-Etienne, Rouen ), les Smac entendent contribuer à une double dynamique : culturelle en diffusant des formes dexpression musicale en évolution ou en émergence, citoyenne en sassociant la reconquête de territoires urbains.
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Une Smac et son contexte
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La Smac projetée sur lIle Seguin se situe dans cette perspective quelle amplifie des dimensions supplémentaires dun contexte singulier.
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Elle constitue la première des Smac de « troisième génération » édifiée en Région parisienne. De ce fait, elle simposera dans lesprit dun large public comme lultime maillon en date dune lignée déquipements repères, chacun dédié à une forme dexpression musicale : Opéra Bastille (art lyrique), Pleyel (musique classique), Cigale, Olympia, Zenith (variétés), New Morning (jazz), Ircam (musique contemporaine)..
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Elle prend place dans une opération de rénovation urbaine dune ampleur exceptionnelle et occupe un emplacement privilégié au bord du fleuve et à larticulation de deux partis daménagement. Elle sera tout à la fois exemplaire pour les habitants de Boulogne et des communes limitrophes et pour les responsables des grandes opérations urbaines engagées dans différentes métropoles régionales.
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Elle sédifie sur un site densément relié à lavant-garde (des techniques, de lindustrie ), aux aspirations humaines (le progrès économique et social) mais aussi sur le territoire dune commune accueillante aux expressions architecturales successives du XXe siècle : ensemble dhabitations des années 1920/1930, Hôtel de ville de Tony Garnier, immeubles du Point du Jour de Fernand Pouillon, piscine de Maillard et Ducamp, « 57 Métal » de Claude Vasconi La Smac, comme différents programmes engagés alentour, portera témoignage de la vivacité poursuivie de la création architecturale.
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Elle naît au cur dun véritable bassin (Clamart, Meudon, Saint-Cloud, Issy-les-Moulineaux, Boulogne) de vie et de travail dartistes quil soit collectif (les studios de cinéma de Boulogne Billancourt, mettant déjà en osmose limage et le son) ou individuel avec des figures majeures de lart du XXe siècle (dont Auguste Rodin, Théo Van Doesburg, Jean Arp et Sophie Trauber-Arp, André Bloc, François Stahly ) dont la présence semble résumée par le proche surgissement de la Tour aux Figures de Jean Dubuffet. Cest aussi à cette fertilité que le bâtiment se relie.
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La Grande Galerie comme « Lien »
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Sil senracine discrètement dans son contexte, le projet dit en revanche clairement quil se met au diapason des pulsations vitales générées par la Grande Galerie constituant la nouvelle façade de lîle Seguin et lui apporte en retour ses propres élans vitaux. En effet plutôt que de sy accrocher, sy agrafer ou de sy arrimer, il lamplifie, la développe. Il suggère même lopportunité de la démultiplier niveau par niveau. Il entre en osmose avec elle au point den tirer lesthétique constructive (structure métallique) dune partie significative de ses volumes (les bureaux, les équipements collectifs, les circulations verticales, les logements) et den faire son propre « lien », cet élément clé du programme.
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Limportance de cette relation Smac/Galerie sexprime aussi dans laffirmation du Deck comme un vide structurant et non comme une simple transparence visuelle :
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- au-dessus de ce niveau de référence surgissent et sépanouissent les volumes de la grande salle et des logements pour musiciens qui fonctionnent comme des signaux/évènements à lintention de la ville ;
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- en dessous se rassemblent toutes les autres fonctions qui ceinturent les studios constitués en véritable grappe.
De lespace à lespacement
Comment en effet faire coexister au sein dun même équipement des zones dintense sonorités (studios, grande et petite salles) ou danimation (bars) avec des zones de concentration (bureaux, centre de documentation ) ou de repos (logements, cafétéria) si ce nest en jouant sur plusieurs paramètres : lépaisseur de matériaux denses (double parois en béton isolant les salles de spectacle et les studios les uns des autres et des autres fonctions de la Smac) ; lespace ménagé entre certains dentre eux (les logements de musiciens et la grande salle); linterposition de fonctions (la salle de convivialité placée entre la petite salle et les bureaux propres à la Smac).
Cette contrainte technique se retourne au profit du projet.
Hisser les logements des musiciens (T1, T1 bis et T2) au-dessus du Deck permet de doter chacun dentre eux de points de vue sur le fleuve et la ville, leur espace et leurs lumières et également de les constituer en une entité homogène dont « lindépendance » est propice à leur gestion par un organisme spécifique.
Placer la salle de spectacle « tout en haut » cest simultanément illustrer le rêve secret ou affirmé de tout artiste, signaler léquipement à ses publics des deux rives de la Seine, lui donner la possibilité dextérioriser sous forme de projection sur son pignon nord, face au jardin terrasse, son programme, une annonce ou diffuser « en live ».une performance dans une sorte de contre point complémentaire aux animations supportées par la façade écran ceinturant lîle.
Cest enfin réserver léventualité doffrir à un public réservé un belvédère urbain, cerné dun déambulatoire où peut se prolonger un spectacle. De façon plus confidentielle, se retrouve une possibilité déjà offerte au niveau du Deck à lavant des vitrages courbes du café/brasserie, du point de vente des disques et du salon public.
Positionner les studios, les équipements (qui leurs sont liés bureaux, régie ) ou des fonctions qui leur sont associées (logements dartistes en résidence), de spectacle sous le Deck, permet de les isoler des flux principaux de circulation, favoriser leur utilisation sur des plages horaires très élargies et les mettre en rapport avec leur espace naturel dexpansion, la petite salle.
Placée au niveau inférieur, celle-ci est en rapport étroit avec le hall et la billetterie du rez-de-jardin et en contact direct avec les quais de déchargement/chargement des matériels et instruments et de leurs aires de stockage tampon au niveau N-1.
Les circulations
Cest à partir de ces quais que seffectue le transfert vertical des matériels et instruments vers les studios et la grande salle au moyen dun élévateur de grande capacité. Celui-ci est logé au sein dune « barrette » formant la façade enveloppe nord de la Smac. Celle-ci est constituée pour partie de la structure en béton assurant la stabilité du bloc logements et pour partie de la structure métallique déjà évoquée. Y sont regroupés les ascenseurs dédiés (aux logements, au café, au public), les escaliers daccès/évacuation aux salles, les escaliers réservés aux artistes et techniciens, des locaux techniques et des réserve ; les points de contrôle essentiels que sont le local GTC et la loge du gardien ou bien encore lentrée propre aux logements.
Dune part, cette conception favorise la gestion des flux, laccès aux salles de spectacles étant systématiquement précédé dune zone de contrôle et dun espace de convivialité (bar, attente ).
Dautre part, en libérant les plateaux de toute suggestion verticale, elle optimise les organisations fonctionnelles.
Ainsi, au rez-de-chaussée, les bureaux propres à la Smac sont implantés dans une zone calme en relation visuelle avec le fleuve. Ils bénéficient dun double accès depuis le hall principal et ils sont préservés des nuisances sonores éventuelles de la petite salle par des locaux techniques qui leur sont associés (sanitaires, salle de reproduction et darchives, réserve ménage) dune part et par la salle de convivialité adossée à deux locaux technique dautre part.
Au niveau 1, les huit studios destinés à la location temporaire sont disposés pour pouvoir être utilisés soit de façon autonome (studios 1, 2 et 4), soit sous le contrôle dune régie centrale (studios 3, 5 et 6), soit en interaction avec un espace bureaux dédié (Home studios 1 et 2/bureaux 2 et 3). Trois autres plateaux de bureaux associés à la création et à la diffusion musicales, sont placés en retrait de la façade ouest. A lopposée, en façade est, est disposé un ensemble de locaux, bureaux et foyer en relation avec la régie et la technique (bureau du régisseur, consigne, bureaux, foyer, salle de réunion, atelier de réparation, stockage).
Au niveau 2, en situation intermédiaire entre les accès à la grande salle (N+4) et à la petite salle (N-1), et en relation de proximité avec les studios, sont disposées les loges individuelles et collectives et leurs espaces (foyer) ou locaux techniques (consignes, sanitaires ) associés. En position centrale, simbriquent les cinq studios destinés aux résidences. Ils sont précédés, en partie est, par la documentation et deux plateaux de bureaux. Au delà de la barrette de service, se développe en porte-à-faux sur le jardin un premier ensemble de trois logements (2 T1 bis et 1 T2) pour artistes en résidence et les espaces associés (laverie, salle de convivialité ).
Au niveau 3, saffirment en symbiose avec le Deck les espaces les plus ouverts sur lextérieur de la Smac : café/brasserie, point de vente des disques, salon public, terrasse extérieure couverte. Les infrastructures techniques nécessaires au restaurant sont concentrés au delà de la barrette de service, de même que les locaux lié à la gestion et à lentretien de la galerie demandés au programme.
Les transparences
Le projet met en scène légèreté et transparences à partir de plusieurs dispositifs spatiaux : césure horizontale au niveau du Deck, percée visuelle entre Grande Salle et bloc logements, mise en retrait des éléments les plus lourds (grappe des studios) au moyen de la grille verticale constituée par les circulations verticales, porte à faux imposant sous le bloc logement, grille tamisant la lumière diffusée dans les logements.
Le lien
Lintérêt porté aux espaces intérieurs mettant en relation voire même en interaction les différentes fonctions se marque par la générosité de lespace daccueil prolongeant lentrée placée au Nord-Ouest, sous le porte à faux de limmeuble des logements. De là, on peut soit descendre vers la petite salle soit rejoindre la salle de convivialité et, au-delà, ladministration de la Smac en longeant la galerie soit encore emprunter lescalier implanté dans la façade enveloppe pour gagner un niveau au-dessus laccueil des studios en location, puis au niveau supérieur celui des studios en résidence. Avant de gagner le Deck, lescalier senchâsse dans la grappe des studios, cette compression optique étant destinée à accroître le contraste avec la générosité retrouvée de lespace et du paysage du niveau N+4. A ce niveau le lien met en relation la brasserie, laccueil de la grande salle et le Deck proprement dit. Il se prolonge par les circulations verticales conduisant au niveau bas de la grande salle. Le parterre de celle-ci est réparti selon trois niveaux, le dernier étant pourvu de gradins télescopiques. Un escalier intérieur latéral conduit au balcon, également accessible par un escalier extérieur.
Ce lien est également parcouru de façon partielle par les personnes accédant à la Smac à partir du Deck : elles peuvent monter vers la grande salle ou descendre vers les autres fonctions de léquipement.
Contrastes matérialisés
Comme sil voulait provoquer le regard pour mieux stimuler louïe, le bâtiment met en scène des surprises visuelles : opposition sensuelle entre un socle géométrique et un toit aux formes souples, légères et protectrices ; choc dune masse perforée en lévitation sur le jardin terrasse ; pesanteur de la grappe des studios et des loges dartistes jouxtant les structures arachnéennes des circualtiosn verticales
La mise en scène
Le bâtiment se met en scène selon différentes stratégies. Il projette en format géant ses évènements et sa programmation à lintention des promeneurs du jardin terrasse sur son pignon nord. Il induit la compréhension de ses principales fonctionnalités par le jeu distinctif de ses volumes et de leurs matériaux spécifiques.
Les références implicites
Côté jardin, la Smac laisse percevoir quelle est « en références ». Au spectacle tout dabord : dans une références aux cintres des salles de spectacles, elle matérialise les tempos de sa vie par laffichage en façade de la circulation des musiciens et des publics. Au passé du site ensuite : lensemble des studios et loges sinscrit dans une compacité formelle et matérielle qui rappellent celles des blocs moteur, clin dil à la réputation de motoriste hors pair attaché à Renault. A lhistoire récente de larchitecture enfin : elle mixe fonctionnalisme et symbolisme, rigueur et collage, béton et métal, structures et grilles, matières et images pour exprimer quelle nest pas sourde aux procédés dévolution des formes musicales actuelles.
Jouant sa partition singulière, la Smac peut apporter un accent tonique au sein du nouveau paysage bâti de lîle et ainsi se signaler activement à lensemble de ses publics potentiels.