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La réunion, France

Maison Des Civilisations Et De L’unité Réunionnaise (mcur)

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

« La motivation de l’équipe pour répondre à ce concours (cf. règlement du concours) »

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Dans de nombreuses cultures d’Afrique de l’Ouest, il est dit que le père donne les os et fortifie alors que la mère transmet le sang qui fait grandir l’enfant.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Le projet est métis, né d’une union entre croyance et structure. Les os de cette proposition architecturale, ancrée à la terre réunionnaise, sont hybridés de la « créolité » qui la nourrie et lui donne chair, sang et sens.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Ce projet est radical car la « créolité » parle de difficulté. La nécessité du combat, prônée par Césaire à propos de sociétés vidées d’elles-mêmes, déculturées, piétinées, de religions assassinées et de terres confisquées, appelle cependant l’éventualité du pardon et la nécessité de la réparation. Le message architectural « passerelle » en devient le symbole dialectique.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Effleurer le terrain comme une imposition de main, médicale et amicale.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Cette hésitation à toucher la nature parlera de culpabilité et de difficulté d’être, propre à une terre rare, mais aussi d’irrationnel et de croyances populaires ; de sortilèges…

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Métissage et hybridation enveloppent les mots de l’architecture.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

Le tressage externe, enveloppe du MCUR, tressera la lumière comme est tressée l’ombre portée esthétique de la réalité réunionnaise, comme sont enchevêtrées les complexités qui la font.

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

« La compréhension du programme scientifique culturel et le projet architectural et muséographique en réponse (cf. règlement du concours) »

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Image: Rudy Ricciotti Architecte © All rights reserved.

La muséographie habite le cœur du musée pont, abritée par la mantille de béton et protégée par les filtres de lumière. Elle en épouse volontiers la dynamique en courbure pour faire écho à l’évolution du temps, à l’enchaînement de l’histoire et à la progression des idées. Des absences dans la mantille de béton lui permettent d’entretenir des liens intimes avec la savane, la mer et le ciel qui constituent son environnement naturel. Il s’agit d’inventer une scénographie qui soit à la fois claire et ouverte à de futures transformations.

Elle est organisée en continuité, sur un seul niveau, sans qu’aucune paroi structurelle ne vienne la recouper et en pénaliser définitivement l’organisation. Elle se glisse naturellement entre les trames de la structure, selon le schéma fourni par le programme. Ainsi chaque fonction se trouve-t-elle matérialisée dans un espace cohérent et sans aucun point porteur médian, celà pour rendre possibles tous les futurs.

Flanqués sur le long pan nord de l’exposition de référence, les modules thématiques renouvelables sont séquençables à volonté pour se connecter à telle ou telle section de l’exposition de référence et rythmés par les Kours, en liaison avec l’extérieur.

Les espaces d’animation sont eux organisés sur le flan sud de l’exposition de référence et peuvent être rattachés indifféremment à celle ci ou bien être maintenus en libre accès à partir de la varangue de ceinture.

Modules thématiques, galerie d’art contemporain, et espaces d’exposition temporaires sont desservis par des circulations logistiques protégées des flux de public de façon à autoriser leurs transformations sans perturber le fonctionnement du musée ni pénaliser la quiétude de la visite. Tous sont innervés de réseaux en plafond et en faux plancher.

« Argumentaire synthétique organisé suivant les critères de jugement (cf. règlement du concours) »

« D’abord, tout ce qui s’est fait ici est de la responsabilité humaine et les hommes n’ont aucun alibi pour excuser telle ou telle erreur. » Discours du président Vergès aux architectes de ce concours.

C’est dans l’inquiétude et l’anxiété qu’est né notre projet, notre proposition.

Son architecture est directement inspirée tant de la structure de la société réunionnaise, société à la fois plurielle et métisse, que de sa richesse culturelle. Il ne s’agira pas de brillance, mais de mâteté. Nous réfutons un édifice impérialiste, académique qui serait par trop éloigné de la réalité de la société réunionnaise, de nos propres croyances et de nos valeurs politiques nous combattons l’idée de déconstruire ou de mettre en tension ce qui différencie les gens. Au contraire il s’agira de construire, de partir des différences pour en faire une esthétique de l’accumulation. Déconstruire est cynique, plus à la Réunion qu’ailleurs. Académiser est colonial, plus à la Réunion qu’ailleurs. Prendre en otage une belle terre pour glorifier l’inattendu et le surprenant est critiquable autant à la Réunion qu’ailleurs. Montesquieu, émerveillé par le persan à Paris, considérait qu’à courir l’exception, l’on court le ridicule. La MCUR, dont l’ossature, faite de solidité, de chair, de sensualité, est recouverte d’une peau métisse faite de tressage, est vivante. Le réunionnais reconnaîtra cette maison et ne s’y sentira pas étranger car le péril d’être étranger à sa propre culture demeure amplifié par cette aventure dont l’ambition est à la mesure du risque.

Intégration dans le site, juste mesure, référence à l’histoire du peuple, vocabulaire architectural et technique approprié, intelligible, à la mesure des enjeux esthétiques et structurels, permanence des signes, mythes fondateurs…La maison des civilisations est résolument soumise au tropisme solaire, romantique, libre, agnostique, ouverte à l’assimilation à la cohésion et à l’intégration d’une diversité pluri-culturelle. À l’image de l’inimaginable poésie de Gabrielle d’Anunzio, la MCUR tentera d’aimer le vivant à mort pour échapper au goût de la mort.

Au cœur même de la MCUR, on n’échappera pas alors à son contexte et à l’essence de ce voyage :

Sur le toit, les restaurants et leur terrasse panoramique (ou le pont supérieur, pour, sur la pointe des pieds, voir le plus loin au large).

Dessous, les collections muséographiques, les loges et le foyer des artistes, et la logistique technique (ou le ventre du navire et son énergie cachée).

En mezzanine sur l’étage de référence et vue sur l’océan, l’administration, la gestion, la direction scientifique et les résidences des chercheurs (ou la passerelle stratégique).

En tout lieu, on voit l’océan, la baie de st Paul, le large… L’origine des créoles parle d’obsession de la mer toujours présente.

On n’échappe pas à ses origines, inutile de tenter d’y échapper, l’architecture trahie toujours son maître…Car elle « parle d’où je suis ».

Mais la conscience de la réalité topographique et hydraulique appelle l’idée d’un « bâtiment-passerelle » qui effleurerait le terrain par une imaginaire imposition de main. Prenant naissance en partie haute du site (81,00NGR), le Musée pont franchit le talweg dans une géométrie élancée et légèrement cintrée, opérant par là même la continuité horizontale Nord/Est-Sud/Ouest jusqu’alors interrompue. La maison devient territoire et en relie ses colonnes inaccessibles. Mais par un écho lointain à la rotondité de la terre rappellera cosmogoniquement la solitude de ce territoire, seul dans une seule mer.

La maison s’affirme tel un belvédère parallèle au bleu. Épousant le relief et s’appuyant au minimum sur le site, elle ne modifie pas son écosystème et crée un nouveau paysage. Le caractère ouvert et couvert de sa toiture en fait un espace agréable et recherché.

Le choix des matériaux confirme le parti architectural et environnemental du projet. Sa structure principale est celle d’un ouvrage d’art, sa vêture et ses tresses renforcent l’identité bioclimatique de la maison, ombres portées génériques et fraîcheur enveloppante.

La préfabrication de ses éléments structurels implique sa simplicité à l’ériger et facilite ainsi le chantier limitant les impacts.

L’utilisation intégrée d’énergies renouvelables en fait une aventure énergétique forte. Sa pierre angulaire étant sa tresse en toiture et son tressage en façade protègent du rayonnement solaire, le transformant en énergie pour satisfaire aux besoins du projet.

Mais c’est aussi un projet qui sait préserver les autres ressources. La gestion du cycle hydrologique par la récupération des eaux de pluie, le traitement des eaux usées et la forte proportion d’espace naturel non bitumé sont les trois principes de la stratégie mise en place pour préserver la ressource en eau.

De plus, l’orientation du projet aux brises côtières, sa stratégie de confort articulée autour des trois types d’espaces et l’espace extérieur couvert en toiture seront garants des conditions de confort thermique et d’agrément. Le confort dans sa composante acoustique est alors traité par les espaces que forment les varangues en périphérie mais aussi par la distribution des espaces. L’axe visuel, le caractère filtrant du tressage en façades et les généreuses percées intérieures sont autant d’amenées en lumière naturelle au sein du bâtiment. La transversalité des espaces forcera la thermo-circulation naturelle de l’air.

La réflexion sanitaire, n’est pas non plus épargnée car la ventilation du projet en est la base. Le choix d’essences fruitières, la faible émissivité en COV des matériaux mis en œuvre, notamment par un béton révolutionnaire issu des dernières recherches situé en parité de la morale environnementales associés aux brassage de l’air viennent alors servir l’engagement écologique de cette architecture militante.

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