Le nouveau chai de Château Cheval Blanc
Le chai de Cheval Blanc semble d’abord flotter en douceur sur les vignes, dans un
mouvement de voiles de béton incurvés qui semble partir de la terre pour devenir colline.
En montant, nous découvrons soudain la douceur, l’ampleur du paysage millénaire de ces
lignes tracées par l’homme.
Mais l’essentiel est intérieur. Depuis l’orangerie du château, on passe simplement dans le nouveau cuvier. Ici tout est mesuré, dessiné pour la perfection du travail d’un atelier du vin. Pourtant, c’est une sérénité méditative qui domine. Au long des coques incurvées qui forment les parois et les lignes porteuses de tout le bâtiment, s’installent les cuves comme de modernes et vastes amphores, aux lignes calculées pour la vinification. Pureté et simplicité des gris mat de béton pur, douceur romane de la lumière naturelle qui descend, atténuée, et joue entre ces surfaces galbées.
Au dessous du cuvier, le chai a barriques représente le thème du stable, du silence, du rythme des colonnes, de la lente maturation et de l’ombre qu’éclaire des lampes adoucies. Nous sommes là au cœur de l’élaboration et de l’évaluation du Cheval Blanc. Christian de Portzamparc
AMÉNAGEMENT PAYSAGER. Le 18 juin est inaugurée la première et plus importante phase de l’aménagement paysager – de Château Cheval Blanc : un jardin suspendu, la « colline heureuse » qui ondule au-dessus du nouveau chai de Christian de Portzamparc. Un “jardin” d’apparat en belvédère sur le vignoble, premier Grand Cru classé A, un toit terrasse ensemencé de graminées sauvages et de fleurs bleutées rehaussées de bouquets d’arbustes. La “colline heureuse”, est un paysage spontané , comme la crinière du cheval blanc, en contraste avec l’ordonnancement martial du précieux vignoble. La deuxième phase de l’aménagement paysager comportera des parterres et de broderies ainsi qu’un bois de chêne et ses tapis de bulbes.
La commande de Cheval Blanc comportait la réalisation d’un jardin suspendu qui fasse corps avec le projet architectural. En ce sens la complicité et la collaboration de longue date des deux créateurs a pu fournir une réponse esthétique et novatrice. L’aménagement paysager vient compléter le parti pris architectural qui vise à recentrer l’intérêt du vignoble sur le château en faisant la part belle au végétal, raison d’être du Domaine. Ce rapport du bâti tout entier dédié à la viticulture et à l’illustre cru qu’elle engendre, confère un luxe singulier aux surfaces dédiées à la production viticole et celles affectées exclusivement aux aménagements paysagers. Le concept qui porte le projet intègre cette précieuse donnée comme niveau d’exigence. En approche du Château inscrit au beau milieu de ses vignes : de loin, on perçoit très vite la silhouette du futur chai qui fait écho à l’allée – superbe – de cèdres et séquoias menant au château. Derrière celui-ci émerge l’onde souple à double courbure du projet architectural qui constitue un évènement géographique en soi. Une «colline heureuse», se lovant dans l’amplitude des plissés du terroir, c’est l’architecture se faisant paysage pour en célébrer la culture.
Arrivé en pied de chai dont les façades courbes servent de supports aux futures divagations de vignes vierges grimpantes, un escalier invite le visiteur à gravir la colline nouvelle. Montée toute en promesses, on accède sur à un promontoire en bois, au milieu d’une prairie suspendue qui propose un point de vue panoramique sur les trente sept hectares de l’appellation et au-delà. Des vignes, impeccablement peignées, à perte de vue et ponctuées de constructions.En contraste avec ce tapis à motif unique d’un pied de vigne répété à l’infini, la prairie est constituée d’une profusion d’espèces d’une “crinière” de graminées, vivaces et annuelles blanches, jaunes et bleues. Ce sont plus de cinquante variétés différentes qui colonisent le toit terrasse du chai. Quelques arbustes disposés librement accentuent cette impression d’une friche laissée à elle-même tout en prolongeant les frondaisons du parc sud.
Une deuxième approche, vue du milieu des vignes, s’ouvre à l’occasion d’une inflexion du chemin viticole emprunté : Les rangs de vigne s’écartent progressivement avec révérence pour laisser la perspective centrale sur le château se mettre en place. Sur le glacis central, on découvre un miroir d’eau qui semble serti en médaillon et des parterres disposés en coulisse de l’acte principal entendent illustrer le cérémonial de dégustation du Cheval-Blanc.